En 2025, travailler depuis chez soi en tant qu’indépendant est devenu courant. Selon l’URSSAF, 1,8 million d’auto-entrepreneurs étaient actifs en France l’an dernier, dont plus de 60 % depuis chez eux. Mais ce confort apparent ne doit pas masquer les risques spécifiques à l’activité exercée à domicile. Et côté assurance, l’erreur est souvent de croire que tout est couvert par défaut. Ce n’est pas le cas.
Travailler chez soi peut prendre des formes très variées
Il n’existe pas un mais plusieurs profils d’auto-entrepreneurs à domicile.
Certains travaillent sans accueil du public : consultant, graphiste, développeur, comptable. D’autres installent un atelier artisanal ou créatif dans leur salon ou leur garage. Et une troisième catégorie propose des prestations en présentiel : esthéticienne, coach, psychologue, coiffeur, etc.
À cela s’ajoutent les métiers avec stock de produits, les activités en ligne avec livraisons physiques, et même les auto-entrepreneurs nomades qui préparent tout depuis chez eux, mais interviennent ailleurs.
Dans tous les cas, l’activité professionnelle est exercée dans un cadre privé, ce qui crée un chevauchement entre les deux sphères, et donc des obligations nouvelles.
Que dit la loi en 2025 ?
La loi française n’impose pas d’assurance professionnelle à tous les auto-entrepreneurs. Mais elle en rend certains cas obligatoires, dès lors que :
- L’activité est réglementée (santé, BTP, immobilier, droit…),
- Le professionnel accueille du public à son domicile,
- Il existe un risque de dommage à autrui, même limité.
L’article L. 243-3 du Code des assurances impose la responsabilité civile professionnelle dans plusieurs secteurs, et la jurisprudence considère qu’un professionnel est responsable de ses actes, même chez lui.
Autrement dit, exercer depuis sa cuisine ou son salon ne dispense pas d’assurer son activité.
Les risques spécifiques du travail à domicile
Travailler chez soi ne veut pas dire sans risque.
- Matériel professionnel endommagé (ordinateur, imprimante, outils, machine à UV),
- Vol ou incendie lié à un usage professionnel du logement,
- Client blessé à domicile : chute, brûlure, allergie,
- Dégradation des parties communes (dans une copropriété),
- Litige avec un voisin pour nuisance sonore ou fréquentation excessive.
Un exemple très concret : un client glisse dans l’entrée non déneigée d’un coach sportif qui exerce à la maison. Même si le rendez-vous a été convenu à titre privé, la responsabilité du professionnel est engagée. Et sans RC Pro, c’est le patrimoine personnel qui trinque.
Les assurances à mettre en place
RC Pro : la base
C’est la garantie minimale à souscrire. Elle couvre les dommages causés à un tiers dans le cadre de l’activité : client, livreur, voisin, prestataire.
Elle est obligatoire pour certaines professions (santé, beauté, construction…) et fortement conseillée pour toutes les autres.
Multirisque professionnelle (ou extension habitation)
Protége le local d’activité, même s’il s’agit du domicile, ainsi que le matériel professionnel.
Attention : une assurance habitation classique exclut souvent toute activité professionnelle, à moins d’avoir déclaré et fait accepter une clause spécifique.
Protection juridique professionnelle
Indispensable en cas de litige avec un client, un fournisseur, un voisin ou une administration. Elle permet d’obtenir conseil, défense, et prise en charge des frais juridiques.
Assurance prévoyance TNS
Pour les indépendants. Couvre l’arrêt de travail, l’invalidité, ou même le décès. Trop souvent négligée, elle devient vitaledès que l’activité constitue la principale source de revenus.
Assurance cyber (optionnelle)
Pour les activités numériques manipulant des données personnelles ou sensibles. En cas de piratage, perte de données ou fuite RGPD, les conséquences peuvent être lourdes sans contrat adapté.
Cas concrets à connaître
Un artisan fabrique des objets chez lui. Un court-circuit sur une machine déclenche un incendie. Sans déclaration de l’usage pro, l’assureur habitation peut refuser d’indemniser.
Une naturopathe reçoit chez elle. Une cliente fait une réaction allergique. L’absence de RC Pro rend la défense juridique plus que compliquée.
Un développeur freelance est victime d’un vol de matériel informatique à domicile. L’assurance habitation refuse : le matériel est affecté à une activité professionnelle non déclarée.
Conseils pour sécuriser votre activité
- Déclarez l’activité pro à votre assureur habitation, même si elle semble inoffensive.
- Lisez les exclusions : certaines RC Pro n’incluent pas les manipulations corporelles ou les rendez-vous à domicile.
- Ne sous-estimez pas le risque client : même un seul rendez-vous dans l’année peut suffire à engager votre responsabilité.
- Prévoyez une clause spécifique pour le matériel si vous travaillez avec du matériel coûteux ou sensible.
- Faites un point annuel sur votre contrat : si vous accueillez du public, stockez plus de produits ou utilisez de nouvelles machines, votre risque évolue.
Travailler depuis chez soi, ce n’est pas travailler hors de tout risque. Dès qu’il y a une activité professionnelle, il y a exposition juridique, matérielle ou humaine. Et une RC Pro, même minimaliste, permet de ne pas payer les pots cassés avec ses économies.
Pour un budget maîtrisé, il existe des contrats adaptés aux auto-entrepreneurs à domicile. Le tout, c’est de ne pas faire l’impasse sur l’information — ni auprès de votre assureur, ni dans vos propres démarches.
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