Livrer à vélo, scooter ou voiture, c’est rapide. Se faire rattraper par un défaut d’assurance, c’est brutal. En 2025, un coursier indépendant n’est pas un amateur : c’est un professionnel du transport, exposé à des risques bien identifiés. Et la couverture d’assurance doit être à la hauteur de l’intensité de l’activité.
Le coursier (ou livreur) numérique : un professionnel, pas un salarié
En 2025, plus de 75 000 coursiers livrent des repas via Uber Eats, Deliveroo, Stuart, Just Eat et consorts. 90 % sont en micro-entreprise, souvent sans employés. Le reste ? Des SASU, EURL, ou du portage.
Les plateformes ne sont pas leur employeur. Elles proposent parfois une couverture minimaliste, mais la protection réelle repose sur le livreur lui-même.
Un accident, une chute, un tiers blessé : c’est votre responsabilité professionnelle qui est engagée, pas celle d’Uber.
Que dit la loi en 2025 ?
Aucune assurance n’est obligatoire en tant qu’auto-entrepreneur ? Pas tout à fait. Le Code des transports (art. L3131-1) impose une assurance responsabilité pour tout transport onéreux. Oui, même à vélo.
Le décret 2023-794, issu de la loi sur les plateformes numériques, oblige les applis à proposer une RC pro gratuite, mais limitée : plafonds bas, exclusions nombreuses, franchise conséquente.
Traduction : vous êtes légalement couvert a minima, mais opérationnellement très peu protégé.
Les risques réels d’un coursier en 2025
Les incidents fréquents ne manquent pas :
- Accident corporel avec un tiers (piéton, cycliste, automobiliste),
- Vol ou casse de matériel (vélo, sac, téléphone),
- Livraison détériorée (repas renversé, produit périmé),
- Blessure personnelle (fracture, agression),
- Litige avec un tiers sur la voie publique ou chez le client.
Et des cas plus piégeux :
- Accident hors mission : entre deux livraisons, ou sur le chemin du retour. Non systématiquement couvert.
- RC refusée si l’activité professionnelle n’a pas été déclarée à l’assureur.
- Engagement juridique personnel si la plateforme refuse de reconnaître sa part de responsabilité.
Les cas Uber Eats et Deliveroo
Uber Eats (avec Axa) et Deliveroo (via Qover) proposent en 2025 une assurance gratuite automatique, activée dès la première course.
Elle comprend une RC Pro limitée à la période de livraison, une garantie accident corporel en cas de chute ou d’hospitalisation, et une protection juridique de base. Mais tout le reste est exclu :
- Véhicule non assuré
- Aucune couverture en dehors des livraisons
- Franchises élevées, plafonds réduits
- Zéro protection sur vos missions personnelles ou vos trajets “à vide”
Résultat : ce n’est pas suffisant. Pour être vraiment couvert à 100%, il faut souscrire plusieurs autres assurances.
Les assurances à souscrire
RC Pro livreur
Indispensable. Elle couvre les dommages causés à autrui pendant une mission. Exemple : vous rayez une voiture en livrant une pizza. Coût moyen : 70 à 300 € par an, selon le véhicule utilisé.
Assurance véhicule avec usage pro
Un vélo électrique rapide (speedbike) nécessite une immatriculation + une RC circulation. Pour les scooters et voitures, l’usage pro doit être clairement inscrit au contrat. Sinon, pas d’indemnisation.
Le surcoût est raisonnable (5 à 20 %), mais le gain en sécurité est immense.
Prévoyance individuelle / garantie accident
Vous tombez, vous êtes arrêté trois mois, aucun revenu ne tombe ? C’est évitable. Une assurance prévoyance prend le relais avec des indemnités journalières. Certaines plateformes en offrent une version de base, mais les franchises et plafonds sont souvent décourageants.
Assurance matériel
Optionnelle, mais utile si vous transportez du matériel coûteux. Attention, le vol en extérieur non attaché à un point fixe est souvent exclu.
Quelques cas concrets en 2025
Kevin, coursier en scooter, heurte une voiture à un carrefour. L’assurance personnelle refuse : l’activité pro n’a pas été déclarée. Verdict : plus de 4 000 € à sa charge.
Yassine, auto-entrepreneur, chute sur un trottoir verglacé. Trois mois d’arrêt, aucune prévoyance. Zéro revenu, malgré son statut “partenaire” d’une plateforme.
Sarah, à vélo, se fait voler son matériel après une livraison. L’assurance habitation refuse : c’était un usage pro. Pas de clause spécifique, donc pas d’indemnisation.
Les infos à déclarer à l’assureur
- Que vous livrez pour des plateformes (même en complément),
- Le véhicule utilisé (type, valeur, usage exact),
- Votre statut juridique (auto-entrepreneur, SASU…),
- Le volume d’activité estimé (jours/semaine, kilomètres, revenu annuel),
- L’équipement transporté ou utilisé.
Un oubli ou une approximation = refus d’indemnisation en cas de pépin.
Conseils concrets pour bien s’assurer en tant que coursier
- Ne vous contentez jamais de l’assurance gratuite de la plateforme.
- Demandez une simulation groupée RC + véhicule + accident.
- Déclarez votre usage pro, même si vous livrez “de temps en temps”.
- Vérifiez les plafonds : une RC à 300 000 € peut être insuffisante.
- Conservez vos preuves de livraison (appli, facture, trajet), utiles en cas de sinistre contesté.
Être coursier, c’est être un pro. Et un pro doit être couvert comme tel. En 2025, les assureurs savent moduler leurs offres. Reste à leur dire la vérité sur votre activité. Et à ne pas attendre que le pépin arrive pour se poser la bonne question.
Crédit photo : © Senivpetro – Freepik
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