Redressement judiciaire ne veut pas dire “tu coupes tout et tu pries”. Sur le papier, une boîte peut continuer à être couverte, y compris par une multirisque professionnelle. Les contrats en cours restent valables, sauf si quelqu’un les stoppe dans les règles ou si les cotisations ne suivent plus. Et là, tu retombes vite sur terre: un sinistre pendant la période d’observation, c’est parfois le coup de grâce.
La vraie question, c’est moins “est-ce possible?” que “comment tu fais pour ne pas te faire sortir par la petite porte”. Entre l’administrateur judiciaire, l’assureur qui veut limiter son risque, les garanties obligatoires (ou pas), et les salariés qui attendent leur paie, tu dois piloter ça proprement. On déroule, point par point, avec du concret – et deux ou trois claques de réalité au passage.
Contrats en cours: ils continuent, mais pas gratuitement
Premier truc à graver: l’ouverture d’un redressement judiciaire ne fait pas sauter automatiquement tes contrats. Le Code des assurances prévoit que le contrat continue de produire ses effets. En clair, l’assureur ne peut pas résilier juste parce que le tribunal a ouvert la procédure. Ça te laisse un peu d’air, surtout si tu as une MRP qui couvre incendie, vol, dégâts des eaux, responsabilité civile.
Le piège, c’est la caisse. Si les primes impayées s’accumulent, là tu t’exposes à une résiliation pour non-paiement, comme n’importe quelle entreprise. Et dans la vraie vie, c’est fréquent: quand la trésorerie est à sec, l’assurance passe après les salaires, les fournisseurs “vital” ou l’URSSAF. Sauf que le jour où un dégât des eaux te flingue l’atelier, tu regrettes très vite d’avoir “gagné” deux mois de cotisations.
Autre point: tu ne pilotes pas seul. Selon les cas, un administrateur judiciaire peut être nommé et il peut décider de la poursuite ou non de certains contrats, en fonction de l’intérêt de l’entreprise. Exemple vécu (classique): une PME de négoce garde la multirisque sur l’entrepôt, mais fait couper une garantie optionnelle devenue trop chère parce que l’activité a été réduite pendant la période d’observation.
Et surtout, joue cartes sur table. Informer ton assureur de la procédure, ce n’est pas “se tirer une balle dans le pied”, c’est éviter les embrouilles après un sinistre. Si tu déclares un incendie et que l’assureur découvre ensuite que l’entreprise était en redressement et que la gestion des primes était bancale, tu t’exposes à des contestations, des délais, des demandes de pièces qui traînent. Tu n’as pas besoin de ça quand tu es déjà la tête sous l’eau.
Souscrire une nouvelle assurance: possible, mais l’assureur va te cuisiner
Deuxième scène: ton contrat a sauté, ou tu crées une activité “réduite” et tu dois te réassurer. Oui, tu peux souscrire pendant un redressement judiciaire. Le truc c’est que l’assureur va regarder ton dossier comme un banquier regarde un découvert: lentement, froidement, et avec beaucoup de questions. Tu vas devoir expliquer le périmètre réel de l’activité, les mesures de prévention, l’état des locaux, et comment tu comptes payer.
Dans les faits, beaucoup d’entreprises passent par un courtier spécialisé, parce que les circuits standards n’aiment pas l’incertitude. Le courtier va “packager” le risque, présenter l’entreprise sous un angle exploitable, négocier des franchises, des exclusions, et parfois des paiements plus sécurisés pour l’assureur. Exemple: une petite chaîne de restauration en redressement obtient une multirisque, mais avec une franchise plus haute sur le dégât des eaux et un paiement mensuel strict.
Attends-toi à des demandes de garanties de paiement: prélèvement obligatoire, paiement comptant, fractionnement encadré. Rien de magique, c’est juste la logique du risque. Et si tu arrives en disant “je suis en redressement mais promis je vais payer”, ça ne suffit pas. Ce qui aide, c’est un plan crédible: activité maintenue, locaux sécurisés, sinistralité faible, et un interlocuteur qui sait répondre sans improviser.
Nuance importante – et elle fait mal: parfois, tu n’auras pas “le choix premium”. Tu prendras ce qui passe, avec des garanties plus serrées. Là, il faut arbitrer: mieux vaut une couverture minimale qui te permet d’ouvrir demain matin, plutôt qu’un contrat parfait sur le papier mais impossible à financer. Le mauvais calcul, c’est de rogner sur la responsabilité civile: un accident client ou un dommage chez un tiers peut te coûter plus cher qu’une année complète de cotisations.
Multirisque pro, RC, flotte: ce que tu dois garder coûte que coûte
On parle beaucoup de multirisque professionnelle parce que c’est le socle: locaux, matériel, incendie, vol, dégâts des eaux, et souvent une couche de responsabilité. Pendant un redressement, tu es plus fragile, donc un sinistre “banal” peut devenir fatal. Un feu de friteuse dans un resto, un court-circuit dans un atelier, un cambriolage qui emporte les outils – sur une boîte saine, ça fait mal; sur une boîte en procédure, ça peut tuer.
La RC Pro, c’est l’autre ligne rouge. Tu continues à facturer, à livrer, à recevoir du public ou à intervenir chez des clients. Donc tu continues à pouvoir causer un dommage. Exemple simple: une boîte de maintenance industrielle en redressement intervient sur un site, une erreur provoque une panne et une perte d’exploitation chez le client. Sans RC, tu te retrouves à négocier avec un avocat en face, sans filet, au pire moment.
Si tu as des véhicules, la question de la flotte auto est souvent sous-estimée. Une assurance auto obligatoire, c’est non négociable. Et si ta flotte n’est plus assurée parce que les primes n’ont pas été payées, tu immobilises l’activité. Livraisons à l’arrêt, commerciaux à pied, interventions annulées. Là encore, le redressement ne pardonne pas: tu perds du chiffre, tu perds des clients, et tu donnes au tribunal une image d’entreprise qui ne tient plus son exploitation.
Dernier point: adapte les garanties à la réalité du moment. Si ton activité tourne à 40% pendant la période d’observation, tu n’as peut-être pas besoin du même niveau de stock assuré ou des mêmes options. C’est là que le dialogue avec l’assureur (ou le courtier) devient utile: tu ajustes sans te mettre à nu. L’objectif n’est pas d’être “parfaitement assuré”, c’est d’être correctement couvert sur les risques qui peuvent te faire fermer demain.
Les salariés: l’AGS couvre les salaires, pas tes sinistres
Quand une boîte tombe en redressement judiciaire, les salariés entendent vite parler d’une “assurance” qui garantit les salaires. C’est réel: il existe l’AGS (Association pour la gestion du régime d’assurance des créances des salariés), financée par une cotisation patronale obligatoire. Son rôle: protéger les salariés contre le non-paiement des sommes dues quand l’entreprise est en procédure. Ça rassure un peu l’équipe – et ça évite que tout explose en 48 heures.
Mais attention au contresens: l’AGS n’est pas ton assureur multirisque. Elle ne paiera pas le dégât des eaux, ni le vol, ni la responsabilité civile. Elle intervient sur des créances salariales, via le représentant des créanciers nommé par le juge. Du coup, si tu confonds les deux, tu te mets en danger. J’ai déjà vu un dirigeant lâcher “de toute façon l’AGS couvre”. Non. L’AGS couvre la paie, pas la survie matérielle de ton outil de travail.
Concrètement, ça veut dire quoi pour toi? Que tu dois gérer deux fils en même temps: sécuriser l’exploitation (assurances pro) et sécuriser le social (salaires). Si l’atelier brûle et que tu n’es pas assuré, tu peux te retrouver avec des salariés payés… mais plus d’atelier, plus de commandes, plus de plan crédible. Et là, ton redressement se transforme en descente vers la liquidation, juste parce qu’un risque “assurable” n’a pas été géré.
Petit exemple qui parle: une société de services informatiques en redressement garde ses contrats clients, mais coupe trop vite certaines garanties. Un sinistre matériel dans les bureaux (incendie électrique) bloque l’activité, détruit une partie du matériel, et fait perdre des données non sauvegardées correctement. Les salaires peuvent être garantis selon les cas, mais la perte d’exploitation et la remise en route coûtent un bras. Moralité: l’AGS est un filet pour les salariés, pas une police tous risques pour l’entreprise.
Dirigeant, homme-clé, fonds de garantie: les protections qu’on oublie
Quand tu es en procédure, tu penses “locaux” et “trésorerie”. Normal. Sauf que la pression met aussi le dirigeant en première ligne. Il existe une assurance responsabilité civile du dirigeant: elle peut couvrir les frais de défense si ta responsabilité est engagée dans un dossier civil, pénal ou administratif, et parfois les condamnations civiles. Ce n’est pas un gadget, surtout quand chaque décision est scrutée, commentée, et parfois contestée.
Autre outil souvent utile: l’assurance homme-clé. Elle vise à compenser les pertes d’exploitation si une personne indispensable (dirigeant, expert technique, commercial pivot) devient incapable de travailler temporairement ou durablement. En redressement, tu n’as pas de marge: si la personne qui “tient” le business tombe malade, tu peux perdre les derniers clients qui te maintiennent à flot. C’est typiquement le genre de garantie qu’on juge “trop chère” jusqu’au jour où elle manque.
Il y a aussi une confusion fréquente sur les fonds de garantie. Oui, il existe des mécanismes qui interviennent en cas de défaillance d’un organisme d’assurance, sous conditions et avec des plafonds. Mais ça concerne la défaillance de l’assureur, pas celle de ton entreprise. Si ton assureur perd son agrément et part en liquidation, tu peux être concerné. Si c’est toi qui es en redressement, ça ne te “rembourse” pas tes sinistres par magie.
Dernière nuance – et elle vaut de l’or: ne te raconte pas d’histoires sur “je verrai plus tard”. En redressement, “plus tard” n’arrive pas souvent. Le bon réflexe, c’est une revue complète des polices: ce qui est obligatoire, ce qui est vital, ce qui est ajustable. Et tu le fais avec des gens qui connaissent les boîtes en difficulté, pas avec un discours de brochure. Parce que le jour où un sinistre tombe, le tribunal, les créanciers et l’assureur, eux, ne font pas dans le sentimental.
À retenir
- L’ouverture d’un redressement judiciaire ne met pas fin automatiquement aux contrats d’assurance en cours.
- Le vrai risque, c’est la résiliation pour non-paiement des primes : sans couverture, un sinistre peut faire basculer l’entreprise.
- On peut souscrire une nouvelle police pendant la procédure, mais l’assureur exigera un dossier solide et des garanties de paiement.
Questions fréquentes
Une assurance multirisque pro peut-elle être résiliée uniquement à cause du redressement judiciaire ?
Non. Un contrat d’assurance en cours continue en principe de produire ses effets après l’ouverture du redressement judiciaire. L’assureur ne peut pas résilier unilatéralement pour ce seul motif. En pratique, le point de rupture le plus fréquent reste le non-paiement des primes : si les cotisations ne sont plus réglées, la résiliation pour impayé peut intervenir selon les règles habituelles du contrat.
Faut-il prévenir l’assureur quand l’entreprise passe en redressement judiciaire ?
Oui, c’est un réflexe prudent. Informer l’assureur évite les malentendus et les contestations au moment d’un sinistre, surtout si la gestion des primes ou l’organisation de l’entreprise change pendant la période d’observation. Le but est d’avoir un contrat clair, une situation à jour, et des échanges tracés quand tu dois déclarer un dommage.
Peut-on souscrire une nouvelle assurance pendant un redressement judiciaire ?
Oui, c’est possible. Par contre, l’assureur va analyser le risque de façon plus stricte : activité réelle, antécédents de sinistres, mesures de prévention, capacité à payer. Beaucoup d’entreprises passent par un courtier habitué aux dossiers de sociétés en difficulté, ce qui peut aider à trouver une solution acceptable (parfois avec franchises plus élevées ou garanties plus limitées).
Quelles assurances sont prioritaires pour continuer l’activité pendant la procédure ?
En général, la multirisque professionnelle (locaux, matériel, risques courants) et la responsabilité civile professionnelle sont prioritaires, parce qu’un sinistre matériel ou un dommage causé à un tiers peut stopper net l’exploitation. Si l’entreprise utilise des véhicules, l’assurance auto est incontournable. L’idée est de sécuriser ce qui peut te faire fermer demain matin, pas de multiplier les options.
L’AGS remplace-t-elle une assurance de l’entreprise ?
Non. L’AGS est un régime qui protège les salariés contre le non-paiement des salaires dus quand l’entreprise est en procédure, via le représentant des créanciers. Elle ne couvre pas les sinistres de l’entreprise (incendie, vol, dégâts des eaux, responsabilité civile). Il faut donc maintenir des assurances professionnelles séparées pour protéger l’outil de travail et la continuité d’activité.
Sources
- Assurance multirisque en redressement judiciaire – guide & devis
- L'assurance des entreprises en redressement judiciaire
- La garantie en cas de sauvegarde, de redressement ou de …
- Assurances de la société – Entreprendre.Service-Public.fr
- Fonds de garantie compétents en cas de défaillance d'entreprises d …


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