Article publié le 2 septembre 2026 par la rédaction de Guide assurance pro.
Vous accueillez un apprenti, un alternant en contrat de professionnalisation ou un stagiaire en cette rentrée 2026. Une distinction commande tout le raisonnement, et elle est facile à brouiller dans l’urgence : votre responsabilité civile professionnelle et votre responsabilité civile exploitation ont vocation à répondre des dommages que le jeune cause à des tiers, tandis que les dommages qu’il subit lui-même relèvent du régime des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT/MP) et, en cas de manquement caractérisé, de la faute inexcusable de l’employeur. Deux logiques, deux contrats, deux circuits de déclaration.
Une précision d’emblée, pour ne pas partir sur une inquiétude mal placée : dans beaucoup de contrats de responsabilité civile destinés aux TPE, la clause qui définit les assurés vise les préposés de l’assuré, salariés ou non, dans l’exercice de leurs fonctions. Cette rédaction couvre en principe l’apprenti, l’alternant et le stagiaire sans avenant ni surprime. Ce n’est pas une règle de marché universelle, et les rédactions varient, mais l’accueil d’un jeune ne signifie pas qu’il faille tout renégocier. Dans la majorité des cas, une lecture attentive de vos conditions générales et un courrier à votre assureur en place suffisent.
Ce guide suit le fil d’une rentrée réelle : qui est qui juridiquement, qui répond de quoi, que déclarer et à qui, quelles clauses relire avant l’arrivée du jeune. Il prolonge notre analyse consacrée à l’emploi saisonnier et aux responsabilités de l’employeur, dont la logique d’accueil d’un travailleur nouvellement arrivé est très proche.
En bref
- Premier réflexe de tri : votre jeune a-t-il moins de 18 ans ? Si oui, un régime complet de travaux interdits et réglementés, de suivi médical et d’horaires encadrés s’applique. Si non, votre rentrée se joue sur trois points seulement : la définition des assurés, la garantie faute inexcusable et la clause de conduite de votre contrat auto.
- L’apprenti et l’alternant en contrat de professionnalisation sont des salariés (articles L6221-1 et suivants et L6325-1 du Code du travail). Le stagiaire n’en est pas un : il relève du Code de l’éducation, sur la base d’une convention de stage signée par cinq parties.
- Les dommages causés à des tiers par le jeune engagent l’entreprise en tant que commettant, sur le fondement de l’article 1242, alinéa 5, du Code civil. C’est votre contrat de responsabilité civile qui a vocation à intervenir, pas l’assurance familiale du jeune.
- Un jeune blessé n’est pas un tiers : votre RC n’a pas vocation à l’indemniser, c’est le régime AT/MP qui joue. La première démarche est la déclaration d’accident du travail à la CPAM, dans les 48 heures hors dimanches et jours fériés selon l’Assurance Maladie. Informez tout de même votre assureur si l’accident est grave.
- La présomption de faute inexcusable de l’article L4154-3 du Code du travail vise les salariés en CDD, les salariés temporaires et les stagiaires en entreprise, affectés à des postes à risques particuliers sans formation renforcée. Une décision non publiée de la Cour de cassation en a écarté les apprentis (2e civ., 24 novembre 2016, n° 14-27203, non publié au bulletin).
- Ce risque est assurable : l’article L452-4 du Code de la sécurité sociale autorise expressément l’employeur à s’assurer contre les conséquences financières de sa propre faute inexcusable. Le même article prévoit une contrepartie, détaillée plus bas.
Sommaire
- Apprenti, alternant, stagiaire : quel statut et quelles obligations pour l’employeur ?
- Qui est responsable si votre apprenti cause un dommage ?
- Qui paie si le jeune se blesse pendant son apprentissage ?
- Faute inexcusable : ce que dit le texte et ce qu’en dit la jurisprudence
- Machines, engins de levage, véhicule de société : que vérifier avant la rentrée ?
- Que faut-il déclarer à votre assureur avant l’arrivée du jeune ?
- Questions fréquentes
Apprenti, alternant, stagiaire : quel statut et quelles obligations pour l’employeur ?
Tout part de la qualification juridique, parce qu’elle commande ensuite l’intégralité du raisonnement assurantiel. Le contrat d’apprentissage est un contrat de travail : la fiche Service Public consacrée à l’apprentissage l’énonce sans ambiguïté, et le dispositif est régi par les articles L6221-1 et suivants du Code du travail. L’apprenti est donc un salarié à part entière, avec les formalités d’embauche de droit commun : déclaration préalable à l’embauche, inscription au registre unique du personnel, cotisations sociales, dont la cotisation accidents du travail et maladies professionnelles.
Le contrat de professionnalisation confère lui aussi le statut de salarié. L’article L6325-1 du Code du travail en fixe l’objet, à savoir l’acquisition d’une qualification ou de blocs de compétences et l’insertion ou la réinsertion professionnelle. Il se conclut en contrat à durée déterminée ou en contrat à durée indéterminée, et l’employeur choisit un tuteur parmi les salariés qualifiés de l’entreprise. La part de formation dans le temps de contrat varie selon les accords de branche : les pourcentages qui circulent en ligne ne sont pas transposables d’une branche à l’autre, vérifiez la vôtre.
Une conséquence directe du statut de salarié, souvent découverte trop tard : l’apprenti et l’alternant entrent dans le champ de la complémentaire santé collective obligatoire de l’entreprise, avec des cas de dispense d’adhésion prévus par la réglementation et par l’acte qui a mis le régime en place. Vérifiez le sort réservé aux contrats courts et aux apprentis dans cet acte avant la rentrée, et reportez-vous à notre dossier sur la mutuelle santé collective en TPE si le régime est à revoir.
Le stagiaire n’est pas un salarié. Il relève du Code de l’éducation, articles L124-1 à L124-20 et D124-1 à D124-13. Sa convention de stage est signée, selon la fiche Service Public Entreprendre, par cinq parties : le stagiaire ou son représentant légal s’il est mineur, l’organisme d’accueil, l’établissement d’enseignement, l’enseignant référent et le tuteur de stage. La même fiche est explicite sur les formalités : un stagiaire n’étant pas considéré comme un salarié, l’employeur n’a pas à effectuer de déclaration préalable à l’embauche, mais il doit le mentionner dans une partie spécifique du registre unique du personnel. Attention : l’absence de statut de salarié ne supprime en rien vos obligations de santé et de sécurité, qui restent pleinement applicables.
Un rappel utile pour la suite : l’alternant n’est pas nécessairement mineur. L’accès à l’apprentissage est ouvert dès 16 ans, et dès 15 ans par dérogation pour un jeune ayant accompli la scolarité du premier cycle de l’enseignement secondaire, jusqu’à 29 ans révolus, avec une extension à 35 ans révolus dans certains cas et sans limite d’âge pour l’apprenti reconnu travailleur handicapé, le sportif de haut niveau ou le porteur d’un projet de création ou de reprise d’entreprise. Cette variable d’âge commande toute l’analyse des travaux réglementés détaillée plus bas.
Encadrement, formalités et calendrier de rentrée
Le maître d’apprentissage doit être volontaire, majeur et offrir des garanties de moralité. Il s’agit en principe d’un salarié de l’entreprise, mais l’employeur lui-même ou son conjoint collaborateur peuvent exercer cette fonction. Une attestation de l’employeur précisant qu’il remplit les conditions de compétence professionnelle est jointe au contrat, et l’employeur doit veiller à ce qu’il bénéficie de formations lui permettant d’exercer sa mission. Le plafond est clair : 2 apprentis et 1 redoublant au maximum par maître d’apprentissage, la commission départementale de l’emploi et de l’insertion pouvant accorder des dérogations. Ce n’est pas qu’une règle de droit du travail : l’encadrement par une personne compétente est aussi l’une des conditions de validité de la déclaration de dérogation aux travaux réglementés, et l’une des meilleures pièces de votre dossier en cas de contentieux.
Côté calendrier, les deux contrats obéissent à des règles voisines mais distinctes. Pour l’apprentissage, le contrat et les conventions de formation sont transmis à votre opérateur de compétences au plus tard dans les 5 jours ouvrables suivant le début d’exécution du contrat, l’opérateur disposant de 20 jours pour statuer sur la prise en charge financière. Pour le contrat de professionnalisation, la fiche Service Public dédiée indique une transmission à l’OPCO dans les 5 jours calendaires qui suivent la signature, l’OPCO disposant de 20 jours calendaires pour se prononcer. Aucun des deux ne se dispense de ce dépôt. La rémunération de l’apprenti s’exprime en pourcentage du SMIC selon l’âge et l’année d’exécution, dans une fourchette allant d’environ 27 % à 100 % : sa conversion en euros dépend de la valeur du SMIC applicable, qui peut évoluer en cours d’année.
Pour les stages, la fiche Service Public Entreprendre fixe des plafonds d’accueil précis : 3 stagiaires au maximum en même temps dans une entreprise de moins de 20 salariés, 15 % de l’effectif au-delà, et 3 stagiaires au maximum par tuteur sur une même période. S’y ajoutent un délai de carence entre deux stages sur un même poste, égal au tiers de la durée du stage précédent, et une durée maximale de 6 mois par organisme d’accueil et par année d’enseignement, soit 924 heures de présence effective. Le non-respect de ces règles expose à une amende administrative pouvant aller jusqu’à 2 000 euros par stagiaire, portée à 4 000 euros en cas de nouvelle infraction dans l’année. Ce ne sont pas des ordres de grandeur mais des plafonds légaux, cités tels quels.
La gratification, enfin, devient obligatoire dès lors que la durée du stage dépasse 2 mois, soit l’équivalent de 44 jours à 7 heures, ou à partir de la 309e heure pour un stage discontinu. Point à ne pas manquer, et source d’erreurs de paie : une fois ce seuil franchi, la fiche Service Public Entreprendre précise que la gratification est due dès le premier jour de stage, et non pour les seules heures excédant le seuil, et qu’elle est versée à la fin de chaque mois. Son montant minimal correspond à 15 % du plafond horaire de la sécurité sociale, soit 4,50 euros par heure de présence effective selon cette fiche consultée en septembre 2026. Ce montant étant indexé sur le plafond de la sécurité sociale et révisé chaque année, vérifiez sa valeur en vigueur avant tout calcul.
Point de vérification : avant l’arrivée du jeune, tranchez par écrit son statut exact (apprentissage, professionnalisation ou stage) et classez le contrat ou la convention avec les pièces d’encadrement. C’est ce document qui déterminera, en cas de sinistre, quel régime s’applique.
Qui est responsable si votre apprenti cause un dommage ?
Le fondement est ancien et stable : l’article 1242, alinéa 5, du Code civil rend les commettants responsables du dommage causé par leurs préposés dans les fonctions auxquelles ils les ont employés. Il s’agit de l’ancien article 1384, alinéa 5, renuméroté lors de la réforme du droit des obligations de 2016 : si vos conditions générales ou un vieux courrier citent encore l’article 1384, la référence n’est plus à jour. Deux conditions structurent le mécanisme, un lien de subordination et un fait dommageable causé à un tiers dans le cadre des fonctions.
L’apprenti et l’alternant, salariés placés sous votre autorité, sont des préposés au sens de ce texte. Le stagiaire, bien que non salarié, est placé sous l’autorité et les directives de son tuteur, qui lui assigne ses missions et contrôle son travail : la lecture prudente et largement admise est qu’il engage lui aussi la responsabilité de l’entreprise d’accueil. C’est une position de principe, à confirmer avec votre assureur au regard de la rédaction de votre contrat.
Conséquence très concrète : si votre apprenti casse la vitrine d’un client, raye un véhicule en intervention ou renverse un ordinateur chez un donneur d’ordre, c’est le contrat de responsabilité civile de l’entreprise qui a vocation à répondre, et non l’assurance personnelle ou familiale du jeune. Deux éléments complètent utilement ce tableau. D’une part, la jurisprudence retient de longue date que le préposé qui agit sans excéder les limites de la mission confiée par son commettant n’engage pas sa responsabilité personnelle envers les tiers. D’autre part, le droit des assurances prive en principe l’assureur qui a indemnisé la victime de tout recours contre les préposés, employés et ouvriers de l’assuré, sauf malveillance. Le jeune n’a donc pas à redouter, en principe, de se voir réclamer personnellement le montant du sinistre. Cette protection suppose toutefois qu’il soit resté dans les limites de la mission confiée, et elle cède en cas de comportement volontairement fautif. Elle ne dit rien, enfin, du terrain disciplinaire, qui obéit à ses propres règles.
Le cas symétrique : le jeune abîme le matériel de l’entreprise
C’est la situation la plus fréquente en atelier, et pourtant la moins traitée. Le jeune casse une machine, froisse la camionnette, laisse tomber un ordinateur de l’entreprise. Aucune responsabilité civile ne joue ici, pour une raison simple : votre entreprise n’est pas un tiers pour elle-même. Ce sont vos garanties dommages aux biens, votre bris de machine ou votre contrat auto qui répondent, avec la franchise correspondante.
Et non, vous ne pouvez pas retenir la casse sur sa paie. L’article L1331-2 du Code du travail dispose que « les amendes ou autres sanctions pécuniaires sont interdites » et que « toute disposition ou stipulation contraire est réputée non écrite ». C’est donc la franchise qu’il faut budgéter avant la rentrée, pas une sanction.
RC exploitation ou RC professionnelle : deux briques distinctes
Encore faut-il que le bon module soit souscrit. Les assureurs, Hiscox par exemple, distinguent classiquement la RC exploitation, qui vise les dommages survenant dans la vie quotidienne de l’activité sans lien direct avec une prestation (un visiteur qui se blesse dans vos locaux, un dégât matériel causé chez un tiers), et la RC professionnelle, qui vise les dommages résultant d’une faute professionnelle : erreur de conseil, manquement contractuel, défaut de prestation. Un apprenti maladroit relève plutôt de la première, un alternant qui commet une erreur technique dans un dossier client plutôt de la seconde. Beaucoup de contrats de TPE intègrent les deux, souvent au sein d’une multirisque professionnelle, mais aucune architecture n’est universelle.
Point de vérification : ouvrez vos conditions générales à la rubrique intitulée « Qui est assuré » ou « Définition des assurés ». Si vous y trouvez une formule visant les préposés, salariés ou non, de l’assuré dans l’exercice de leurs fonctions, votre apprenti, votre alternant et votre stagiaire sont en principe couverts sans démarche particulière. Si la rédaction est plus étroite, ou si elle énumère des catégories, demandez une confirmation écrite mentionnant expressément les apprentis, alternants, stagiaires et intérimaires. Cette lecture prend cinq minutes et lève l’essentiel du doute.
Cas particulier du stagiaire : la convention de stage doit obligatoirement mentionner le régime de protection sociale dont il bénéficie, notamment en cas d’accident du travail, et, le cas échéant, l’obligation faite au stagiaire de justifier d’une assurance couvrant sa responsabilité civile. La formule « le cas échéant » signifie que l’exigence dépend de ce que la convention prévoit : si elle la prévoit, exigez l’attestation et archivez-la. Enfin, ne traitez pas l’assurance de l’établissement d’enseignement comme un filet de sécurité automatique pour votre entreprise. Sa portée est souvent limitée aux activités pédagogiques et son intervention peut être subsidiaire. C’est un point à clarifier dans la convention, pas à supposer.
Qui paie si le jeune se blesse pendant son apprentissage ?
C’est ici que se joue la confusion la plus coûteuse du sujet. La RC professionnelle et la RC exploitation couvrent les dommages causés aux tiers. Précisons le mot, car l’article y revient souvent : est un tiers toute personne extérieure à l’entreprise, client, visiteur, passant, fournisseur. Ne le sont pas vos salariés entre eux. Un apprenti qui se coupe sur une machine ou chute d’un escabeau n’est donc pas un tiers : il est victime d’un accident du travail, indemnisé de manière forfaitaire par la branche AT/MP de la Sécurité sociale, financée par votre cotisation. Et si votre apprenti blesse un collègue, vous avez deux accidents du travail à gérer, pas une déclaration de responsabilité civile à faire.
Cela ne signifie pas qu’il faille ignorer votre assureur. Votre RC n’indemnisera pas le jeune, mais si l’accident est grave ou si une mise en cause paraît possible, informez sans attendre votre assureur ou votre courtier : c’est lui qui vérifie si une garantie faute inexcusable, une RC employeur ou une protection juridique sont acquises, qui déclare le sinistre dans le délai stipulé par votre contrat et qui organise la défense. Ces délais contractuels sont courts et leur non-respect peut entraîner une déchéance de garantie : reportez-vous à vos conditions générales pour connaître celui qui vous est applicable. Le réflexe CPAM et le réflexe assureur ne s’excluent pas, ils se cumulent.
Le contexte mérite d’être posé sans exagération. L’INRS indique, dans ses pages consacrées aux jeunes travailleurs, que les travailleurs les plus jeunes sont plus vulnérables et ont un taux de fréquence d’accident du travail plus élevé que leurs aînés, en s’appuyant sur des statistiques Assurance maladie Risques professionnels de 2015. Le même institut souligne par ailleurs que les premières semaines de prise de poste exposent davantage le nouvel embauché, qu’il soit salarié, apprenti, intérimaire ou stagiaire. Une rentrée qui concentre plusieurs arrivées cumule donc, par construction, plusieurs de ces périodes de vulnérabilité. Il ne s’agit pas d’une saisonnalité mesurée des accidents, mais d’un effet de concentration des prises de poste.
La procédure à connaître avant d’en avoir besoin
Selon l’Assurance Maladie, la déclaration d’accident du travail est à adresser à la CPAM dans les 48 heures, hors dimanches et jours fériés, le salarié devant vous informer dans un délai de 24 heures en précisant le lieu, les circonstances et l’identité des témoins éventuels. Vous pouvez joindre des réserves motivées à la déclaration ou les adresser dans un délai maximum de 10 jours après son établissement si vous contestez le caractère professionnel de l’accident. Remettez au jeune la feuille d’accident, qui lui évite l’avance des frais. La déclaration reste due même en cas de contestation : les réserves se formulent à part, elles ne dispensent pas de déclarer.
Le trajet compte aussi, et c’est un point que la configuration de l’alternance rend sensible : le jeune partage sa semaine entre son domicile, l’entreprise et le centre de formation, ce qui multiplie les déplacements. La fiche de l’Assurance Maladie citée en source traite l’accident du travail et l’accident de trajet ensemble et décrit les mêmes formalités de déclaration pour l’employeur.
Pour le stagiaire, la répartition des obligations dépend du niveau de gratification et de la situation. La fiche Service Public Entreprendre consacrée à la gratification indique que le stagiaire est rattaché à la CPAM de son lieu de résidence pendant la durée du stage. Le circuit déclaratif et la charge de la cotisation AT/MP peuvent en revanche incomber à l’organisme d’accueil ou à l’établissement d’enseignement selon les cas. C’est précisément ce que la convention de stage doit préciser : lisez-la sur ce point avant l’arrivée du jeune, et faites confirmer le circuit par l’établissement.
Le coût pour l’entreprise ne se situe donc pas sur la RC mais sur la cotisation AT/MP. Trois modes de tarification coexistent, collective, mixte et individuelle, selon l’activité, la taille de l’établissement et la sinistralité. Les entreprises de moins de 20 salariés et celles de moins de 3 ans relèvent du taux collectif national, ce seuil étant porté à moins de 50 salariés en Alsace-Moselle, où les taux d’exemple diffèrent également. À titre d’illustration, la fiche Service Public Entreprendre consacrée aux cotisations AT/MP cite, pour le cas général d’une entreprise de moins de 20 salariés, un taux de 1,78 % pour un restaurant et de 0,79 % pour un VRP : ce sont les exemples de cette fiche, pas un barème applicable à votre situation. Retenez le mécanisme plutôt que les valeurs : un sinistre grave peut peser sur le taux futur des entreprises relevant d’une tarification mixte ou individuelle. L’ampleur de cette variation dépend de la taille et du secteur, votre Carsat peut vous l’estimer.
La prévention, seule variable réellement pilotable
Six pièces, toutes datées et conservées, constituent le socle de votre défense en cas de mise en cause : le document unique d’évaluation des risques, créé ou mis à jour pour intégrer spécifiquement le poste du jeune, un accueil sécurité formalisé, une formation au poste tracée et signée, la remise des équipements de protection individuelle contre émargement, des consignes écrites, et un encadrant identifié nommément. L’INRS insiste d’ailleurs sur l’accueil, l’intégration, la formation et des instructions claires et précises. En contentieux, ce n’est pas la bonne pratique qui protège, c’est la preuve datée de la bonne pratique. Si vous accueillez votre tout premier salarié, ce document unique est à créer et non à mettre à jour, et l’adhésion à un service de prévention et de santé au travail est un préalable qu’il faut anticiper : ce sont les deux blocages les plus fréquents d’une première rentrée, et notre dossier sur la RC employeur dès le premier contrat de travail complète utilement ce point.
Côté suivi médical, les sources institutionnelles ne sont pas rédigées de façon identique et il faut le savoir avant d’organiser son calendrier. L’INRS indique que les jeunes travailleurs de moins de 18 ans, à l’exception de ceux affectés à des travaux interdits susceptibles de dérogations, font l’objet d’une visite d’information et de prévention préalablement à leur affectation sur le poste (article R4624-18 du Code du travail), tout en précisant que pour les apprentis, cette visite doit être réalisée dans un délai de 2 mois suivant leur affectation au poste. La fiche Service Public consacrée au contrat d’apprentissage retient de son côté un délai de 2 mois après l’embauche, mais indique que lorsque l’apprenti est mineur ou travaille de nuit, la visite doit avoir lieu avant son embauche. Pour les jeunes affectés à des travaux réglementés, les deux sources convergent : suivi individuel renforcé annuel et avis ou examen médical d’aptitude préalable à l’affectation au poste. Compte tenu de ces variantes de formulation, faites confirmer le calendrier exact par votre service de prévention et de santé au travail avant la rentrée, et prenez rendez-vous tôt.
Faute inexcusable : ce que dit le texte et ce qu’en dit la jurisprudence
La faute inexcusable de l’employeur est retenue lorsque celui-ci avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel le salarié était exposé et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver. Il ne s’agit pas d’une simple négligence mais d’un manquement caractérisé. Le fondement de l’indemnisation complémentaire est l’article L452-1 du Code de la sécurité sociale.
Les conséquences financières sont décrites par la fiche Service Public consacrée à l’indemnisation en cas d’incapacité permanente : la reconnaissance de la faute inexcusable permet à la victime d’obtenir une majoration de sa rente d’incapacité permanente, rétroactive à la date de consolidation de son état de santé, ainsi que la réparation intégrale des préjudices subis et non indemnisés par la rente, la fiche citant en exemple les souffrances physiques et morales, les préjudices esthétique et d’agrément et la perte ou la diminution des possibilités de promotion professionnelle. La même fiche rappelle que c’est à la victime de prouver le dommage et le manquement de l’employeur. En pratique, ces sommes sont avancées à la victime par la caisse, qui en poursuit ensuite le recouvrement auprès de l’employeur : c’est ce recouvrement qui constitue le risque financier de l’entreprise, et c’est ce que la garantie faute inexcusable a vocation à prendre en charge. Les montants dépendent entièrement de l’espèce, aucun ordre de grandeur type ne peut être avancé.
La présomption ne joue pas pour tout le monde
L’article L4154-3 du Code du travail présume la faute inexcusable de l’employeur pour trois catégories seulement : les salariés titulaires d’un contrat de travail à durée déterminée, les salariés temporaires et les stagiaires en entreprise, victimes d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle alors qu’affectés à des postes de travail présentant des risques particuliers pour leur santé ou leur sécurité sans avoir bénéficié de la formation à la sécurité renforcée prévue à l’article L4154-2. Ces deux conditions, poste à risques particuliers et absence de formation renforcée, valent pour toutes les catégories visées : un stagiaire affecté à un poste sans risque particulier ne bénéficie d’aucune présomption.
Dans un arrêt du 24 novembre 2016 (2e civ., pourvoi n° 14-27203, non publié au bulletin), restitué par Centre Inffo, la Cour de cassation a jugé que les salariés titulaires d’un contrat d’apprentissage ne figurent pas parmi les bénéficiaires de cette présomption, alors même que le contrat d’apprentissage peut être conclu à durée déterminée. Deux réserves d’usage s’imposent : la décision n’est pas publiée au bulletin, elle indique donc le sens de la solution retenue sans avoir la portée d’un arrêt de principe, et elle statuait sur une rédaction antérieure du texte. En l’absence de décision publiée en sens contraire, c’est la lecture à retenir, mais elle mérite d’être vérifiée avec votre conseil si un contentieux survient. L’apprenti conserve en tout état de cause la possibilité d’agir en reconnaissance d’une faute inexcusable de droit commun, à charge pour lui d’en rapporter la preuve. Quant au contrat de professionnalisation conclu à durée déterminée, la lecture littérale du texte conduit à l’inclure dans le champ de la présomption, sans qu’une jurisprudence vérifiée tranche ce cas précis.
Précision indispensable, car elle est souvent mal tirée : cette différence de traitement ne change rien à ce que vous devez faire. Les obligations de prévention, de formation et de suivi médical sont identiques quel que soit le statut du jeune, et un apprenti reste parfaitement fondé à agir en faute inexcusable de droit commun. La présomption ne déplace que la charge de la preuve devant le juge, pas votre feuille de route de rentrée. En déduire qu’un apprenti « expose moins » qu’un stagiaire serait une erreur de lecture.
Deux garde-fous encore. D’abord, aucun texte n’instaure de présomption de faute inexcusable propre aux mineurs affectés à des travaux interdits : écrire l’inverse serait juridiquement faux. La formulation exacte est qu’affecter un mineur à un travail interdit caractérise objectivement la conscience du danger, premier élément de la faute inexcusable, et rend sa reconnaissance très difficile à éviter en cas d’accident. Ensuite, la formation renforcée à la sécurité de l’article L4154-2 vaut protection concrète : la liste des postes à risques particuliers est établie par l’employeur, après avis du médecin du travail et des représentants du personnel, et tenue à la disposition de l’agent de contrôle de l’inspection du travail.
Le risque ne s’arrête pas à la porte de l’atelier
Une décision inédite de la Cour de cassation, deuxième chambre civile, du 11 février 2016 (pourvoi n° 14-29.502), rendue à propos d’un apprenti relevant du régime agricole et blessé au cours d’une formation dispensée par un centre de formation professionnelle et de promotion agricoles, a jugé que l’employeur doit répondre des conséquences de la faute inexcusable imputée au centre de formation. Centre Inffo rattache cette solution à la combinaison de l’article L452-1 du Code de la sécurité sociale, qui vise ceux que l’employeur s’est substitués dans la direction, et de l’article L6222-32 du Code du travail, aux termes duquel l’apprenti qui fréquente le centre de formation continue à bénéficier du régime de sécurité sociale sur les accidents du travail dont il relève en tant que salarié. La décision étant inédite et rendue dans un contexte agricole, sa portée hors de ce régime demande prudence.
La conséquence assurantielle est en revanche directe et sans ambiguïté : vérifiez que le périmètre de vos garanties, et notamment de la garantie faute inexcusable, ne se limite pas aux accidents survenus dans vos locaux et couvre bien le temps passé en centre de formation. Organisez également par écrit, avant la rentrée, l’information réciproque avec le centre : désignez de part et d’autre un interlocuteur nommé et convenez qu’il vous signale sans délai tout accident survenu pendant le temps de formation. Vous ne pouvez pas déclarer ce dont personne ne vous a informé.
Un risque assurable, avec une contrepartie
Ce risque est assurable. L’article L452-4 du Code de la sécurité sociale prévoit expressément que l’employeur peut s’assurer contre les conséquences financières de sa propre faute inexcusable ou de celle de ceux qu’il s’est substitués dans la direction de l’entreprise ou de l’établissement. Le même article précise que l’auteur de la faute inexcusable en répond sur son patrimoine personnel, ce qui explique pourquoi cette garantie mérite d’être regardée de près par un dirigeant de TPE.
Le même texte pose toutefois une contrepartie qu’il faut connaître : lorsque l’accident est dû à la faute inexcusable d’un employeur garanti par une assurance à ce titre, la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail peut lui imposer la cotisation supplémentaire mentionnée à l’article L242-7 du Code de la sécurité sociale. Autrement dit, l’assurance couvre la charge indemnitaire, elle ne neutralise pas totalement l’effet du sinistre sur votre cotisation.
Point de vérification : les architectures varient fortement d’un assureur à l’autre. Hiscox indique par exemple inclure automatiquement la RC exploitation, la RC employeur et la protection juridique dans toutes ses formules, sans que la page consultée précise le sort réservé à la garantie faute inexcusable. Ailleurs, celle-ci est vendue en extension. C’est précisément pour cela qu’il faut poser la question par écrit, en trois points : la garantie faute inexcusable est-elle incluse ou optionnelle, quel est son plafond par sinistre et par année d’assurance, et les apprentis, alternants et stagiaires figurent-ils parmi les bénéficiaires. Aucun tarif ni plafond ne constitue un standard de marché.
Pourquoi l’enjeu peut-il être plus lourd avec un jeune ? Deux facteurs se cumulent : l’inexpérience de la prise de poste documentée par l’INRS, et un chiffrage potentiellement élevé lorsque la victime est jeune, une rente majorée se déployant sur une longue durée et la perte de chance de promotion professionnelle s’appréciant sur une carrière entière. C’est le mécanisme qu’il faut retenir, pas un montant.
Machines, engins de levage, véhicule de société : que vérifier avant la rentrée ?
Commencez par le tri d’âge, il vous fera gagner du temps. La réglementation des travaux interdits et réglementés vise les jeunes de 15 à moins de 18 ans, quel que soit leur statut : apprentis, titulaires d’un contrat de professionnalisation, stagiaires de la formation professionnelle, élèves et étudiants préparant un diplôme professionnel ou technologique. Si votre alternant a 22 ans, ce régime particulier ne le concerne pas, mais les obligations générales de formation, d’autorisation de conduite et de suivi médical, elles, restent applicables quel que soit son âge. S’il en a 17, ce qui suit structure toute votre rentrée.
L’INRS distingue deux étages. Les travaux strictement interdits, sans dérogation possible (articles L4153-8 et L4153-9, et D4153-15 et suivants du Code du travail), couvrent notamment l’exposition à des agents biologiques de groupe 3 ou 4, les températures extrêmes, certaines opérations de démolition et de travaux en tranchées présentant un risque d’effondrement, les opérations sous tension, les travaux en hauteur dans les arbres ou l’abattage d’animaux. Les travaux réglementés, interdits mais susceptibles de dérogation, visent notamment les machines dangereuses, les travaux temporaires en hauteur sans protection collective, la conduite d’équipements de travail mobiles automoteurs et d’équipements servant au levage, le milieu confiné, les appareils sous pression et les agents chimiques dangereux.
Une déclaration, pas un blanc-seing
Le régime est souvent mal compris. Il ne s’agit pas d’une autorisation préalable de l’inspecteur du travail mais d’une déclaration de dérogation adressée à l’inspection du travail, valable 3 ans selon l’INRS, encadrée par les articles R4153-38 à R4153-45 du Code du travail. La nuance n’est pas cosmétique : personne ne valide votre dossier en amont, c’est vous qui devez pouvoir le produire à tout moment en cas de contrôle ou d’accident.
L’INRS précise que la déclaration n’est valide que si les cinq conditions de l’article R4153-40 sont réunies. Elles constituent aussi, et ce n’est pas un hasard, le meilleur dossier de défense possible en cas de recherche de faute inexcusable :
- avoir procédé à l’évaluation des risques prévue aux articles L4121-3 et suivants du Code du travail, en y intégrant les risques existants pour les jeunes et liés à leur travail ;
- avoir, à la suite de cette évaluation, mis en œuvre les actions de prévention qui en découlent ;
- avoir respecté les obligations en matière d’information et de formation à la sécurité ;
- avoir obtenu, pour chaque jeune, la délivrance d’un avis médical d’aptitude ;
- assurer l’encadrement du jeune en formation par une personne compétente durant l’exécution de ces travaux.
Les documents justifiant le respect de ces conditions sont tenus à la disposition de l’inspection du travail. Il existe par ailleurs des dérogations individuelles permanentes, qui ne nécessitent aucune formalité auprès de l’inspection du travail (articles R4153-49 à R4153-52) : jeune titulaire d’un diplôme ou d’un titre professionnel correspondant à l’activité exercée avec avis médical favorable, travaux exposant à un risque électrique dans les limites de l’habilitation détenue, conduite d’équipements de travail mobiles automoteurs et d’équipements servant au levage sous réserve d’aptitude médicale, de formation adéquate et d’autorisation de conduite, manutentions manuelles de charges excédant 20 % du poids du jeune si l’aptitude médicale a été constatée.
Concrètement, ces règles se traduisent métier par métier : machines à scier et à raboter le bois chez un maçon, engins de levage et ponts élévateurs chez un garagiste, matériel de découpe et friteuses chez un cuisinier. Ce sont précisément les trois familles de situations où l’arrivée d’un jeune de moins de 18 ans exige un dossier de dérogation à jour.
Le volet véhicule, sous-estimé chaque rentrée
Si le jeune doit prendre le volant, trois mécanismes distincts se superposent, tous à traiter comme des clauses à vérifier et jamais comme des règles universelles. La clause définissant les conducteurs autorisés peut viser « tous conducteurs autorisés par l’assuré » ou, au contraire, une liste nominative dans laquelle le jeune doit alors être ajouté avant sa première prise de volant. La clause jeune conducteur, ou conducteur novice, existe dans de nombreux contrats et prévoit une franchise majorée lorsque le conducteur détient son permis depuis peu, sans qu’aucun montant type ne puisse être avancé, les pratiques variant d’un assureur à l’autre. Enfin, l’usage du véhicule personnel du jeune pour une course ou un rendez-vous professionnel peut se heurter à un usage non déclaré sur son contrat personnel, situation à laquelle répond une garantie déplacements de collaborateurs souscrite par l’entreprise.
Ne confondez pas deux régimes distincts. La conduite d’un véhicule routier relève des clauses de votre contrat auto ou flotte. La conduite d’un chariot élévateur, d’une nacelle ou d’un engin de levage relève, pour un jeune de moins de 18 ans, du régime des travaux réglementés décrit plus haut ; pour un alternant majeur, elle reste soumise aux règles générales de conduite des équipements de travail, qui imposent formation adéquate, autorisation de conduite délivrée par l’employeur et aptitude médicale. Aucun âge ne dispense de ces trois éléments.
Rythme de travail et pouvoirs de l’inspection
Pour un jeune travailleur, l’article L3162-1 du Code du travail dispose qu’il ne peut être employé à un travail effectif excédant huit heures par jour et trente-cinq heures par semaine. Le même article permet, pour certaines activités déterminées par décret et lorsque l’organisation collective du travail le justifie, de déroger à ces durées, dans la limite de cinq heures supplémentaires par semaine. La fiche Service Public consacrée au contrat d’apprentissage précise pour l’apprenti mineur une pause de 30 minutes après 4 heures 30 consécutives et deux jours de repos consécutifs, et mentionne des dérogations sectorielles, notamment dans le bâtiment, les travaux publics et les travaux paysagers, où la durée peut être portée à 40 heures par semaine et 10 heures par jour. Le travail de nuit est par ailleurs interdit entre 22 heures et 6 heures pour les jeunes de 16 à 18 ans, et entre 20 heures et 6 heures avant 16 ans, sauf dérogations. Ces règles ne sont pas de simples formalités : un dépassement caractérisé peut être invoqué comme élément de la conscience du danger en cas de contentieux.
Enfin, l’inspection du travail dispose de pouvoirs d’urgence réels, et leur périmètre diffère selon le statut du jeune. L’agent de contrôle peut décider du retrait d’affectation, d’application immédiate, lorsqu’un jeune est affecté à des travaux interdits ou exposé à un danger grave et imminent (articles L4733-1 et suivants du Code du travail) : cette mesure vise les jeunes travailleurs, apprentis compris. La procédure de suspension du contrat ou de la convention de stage des articles L4733-7 et suivants obéit en revanche à un périmètre plus étroit : l’INRS précise que l’agent peut la proposer à l’autorité administrative lorsqu’il constate un risque sérieux d’atteinte à la santé, à la sécurité ou à l’intégrité physique ou morale d’un jeune travailleur, « à l’exclusion des apprentis de moins de 18 ans ».
Pour l’apprenti, une procédure spécifique existe, régie par les articles L6225-4 à L6225-7 du Code du travail. La fiche Service Public consacrée au contrat d’apprentissage la décrit ainsi : saisi d’une situation dangereuse, l’inspecteur du travail procède à une enquête et peut proposer au directeur départemental en charge de l’emploi, du travail et des solidarités une suspension du contrat de travail. Deux conséquences à connaître avant la rentrée, car elles pèsent directement sur l’entreprise : au cours de cette suspension, la rémunération de l’apprenti est maintenue par l’employeur, et le directeur départemental doit statuer sur la reprise ou non de l’exécution du contrat dans les 15 jours suivant le constat de l’inspecteur.
Un mot enfin sur l’assurabilité de ce risque, souvent tranché trop vite. Aucune assurance n’indemnise la perte d’activité qui résulterait d’une telle décision administrative, ni le maintien de salaire pendant la suspension. Une protection juridique professionnelle peut en revanche prendre en charge la défense et les recours. C’est une garantie à vérifier au même titre que les autres, pas un substitut à la prévention.
Que faut-il déclarer à votre assureur avant l’arrivée du jeune ?
Le droit des assurances pose une règle générale qu’il faut avoir en tête : l’assuré doit signaler à son assureur les circonstances nouvelles qui aggravent le risque garanti ou qui en créent de nouveaux, et qui rendent de ce fait inexactes les réponses données lors de la souscription. Les sanctions se lisent à deux niveaux. Une réticence ou une fausse déclaration intentionnelle expose à la nullité du contrat. Une omission ou une déclaration inexacte non intentionnelle découverte après sinistre expose à une réduction proportionnelle de l’indemnité. C’est ce second cas qui menace concrètement une TPE de bonne foi : l’indemnité est réduite, pas supprimée, mais la différence se découvre au pire moment. Le délai de déclaration applicable figure dans vos conditions générales : lisez-le, il est court.
Nuance essentielle, et elle va dans le sens du lecteur : l’arrivée d’un apprenti n’est pas, en soi, une aggravation de risque. Elle le devient lorsqu’elle s’accompagne d’un fait nouveau. Par exemple une activité non prévue au contrat, l’usage de machines non déclarées, l’ajout d’un conducteur sur un contrat auto à conducteurs désignés, une extension d’horaires ou de locaux, ou le franchissement d’un seuil d’effectif ou de masse salariale servant d’assiette à la prime.
En pratique, signalez : la variation d’effectif ou de masse salariale si votre contrat en fait une base de tarification ; l’identité du jeune s’il doit conduire un véhicule soumis à désignation ; les équipements et machines nouveaux ; toute activité non prévue au contrat ; les déplacements ou détachements particuliers, notamment à l’étranger.
Le cas de la mobilité à l’étranger
Point rarement traité et pourtant sensible à la rentrée : la convention de mobilité d’un apprenti à l’étranger doit préciser les règles applicables dans le pays d’accueil en matière de santé et sécurité au travail, et comporter une information sur les garanties prises en matière de responsabilité civile ou de couverture de risques équivalents dans le pays d’accueil. Le réflexe assurantiel associé est simple : vérifiez la clause de territorialité de votre contrat, qui délimite le périmètre géographique des garanties, ainsi que les garanties d’assistance et de rapatriement. Une mobilité hors Union européenne peut sortir du périmètre garanti sans que personne ne vous en avertisse.
Sur la forme, déclarez par écrit et conservez la preuve d’envoi, idéalement avant l’arrivée du jeune, afin de pouvoir opposer la déclaration en cas de litige. Demandez à votre assureur un chiffrage écrit de la régularisation avant la rentrée plutôt que de le découvrir à l’échéance suivante.
Quant à l’impact sur la prime, nous restons dans l’observation de marché : il est souvent limité lorsque la prime est assise sur le chiffre d’affaires, et plus sensible lorsqu’elle est calculée sur la masse salariale ou l’effectif. Un point de méthode, pour finir. Dans la très grande majorité des cas, l’arrivée d’un alternant se règle par un courrier à votre assureur en place, et souvent par rien du tout. Ne remettez pas votre contrat en concurrence pour ce seul motif : changer d’assureur en cours de route soulève des questions de reprise du passé qu’un apprenti ne justifie pas. Si vous découvrez à cette occasion un trou de garantie réel, une RC employeur absente par exemple, c’est alors, et alors seulement, qu’une comparaison a du sens. Notre estimateur de plafond de RC pro vous aidera à cadrer le besoin avant d’engager cette discussion.
Votre checklist de rentrée
- Document unique : création ou mise à jour intégrant spécifiquement le poste du jeune et les risques liés à son travail.
- Déclaration de dérogation à l’inspection du travail si le poste comporte des travaux réglementés et que le jeune a moins de 18 ans, avec les cinq justificatifs de l’article R4153-40 réunis et classés.
- Suivi médical : calendrier confirmé avec votre service de prévention et de santé au travail, et avis médical d’aptitude préalable en cas de travaux réglementés.
- Encadrement : maître d’apprentissage ou tuteur désigné nommément, compétent, formé et disponible.
- Interrogation écrite de l’assureur sur trois points, la définition des assurés, la garantie faute inexcusable et la clause de conduite du contrat auto.
- Stagiaire : lecture de la convention sur le régime de protection sociale et le circuit de déclaration d’accident, et archivage de l’attestation de responsabilité civile si elle est exigée.
Apprenti, alternant et stagiaire : le tableau qui évite les amalgames
| Critère | Apprenti | Alternant en contrat de professionnalisation | Stagiaire |
|---|---|---|---|
| Statut juridique | Salarié, contrat de travail (articles L6221-1 et suivants du Code du travail) | Salarié, contrat de travail en CDD ou en CDI (article L6325-1 du Code du travail) | Non salarié, convention de stage signée par cinq parties (Code de l’éducation, articles L124-1 à L124-20) |
| Formalités d’accueil | DPAE, registre unique du personnel, transmission du contrat à l’OPCO dans les 5 jours ouvrables suivant le début d’exécution | DPAE, registre unique du personnel, tuteur désigné, transmission du contrat à l’OPCO dans les 5 jours calendaires suivant la signature | Pas de DPAE, mais inscription dans une partie spécifique du registre unique du personnel |
| Cotisation et déclaration d’accident | Cotisation AT/MP par l’entreprise, déclaration à la CPAM sous 48 heures hors dimanches et jours fériés | Identique à l’apprenti | Rattachement à la CPAM du lieu de résidence. La charge de la cotisation AT/MP et le circuit déclaratif varient selon le niveau de gratification et la situation : point à lire dans la convention de stage et à confirmer avec l’établissement |
| Présomption de faute inexcusable (article L4154-3) | Écartée par une décision non publiée (Cass. 2e civ., 24 novembre 2016, n° 14-27203). L’action de droit commun reste ouverte, avec charge de la preuve | Probablement oui si le contrat est à durée déterminée et le poste à risques particuliers sans formation renforcée, par lecture littérale du texte, sans jurisprudence vérifiée sur ce cas | Oui, catégorie expressément visée par le texte, aux mêmes conditions : poste à risques particuliers et absence de formation renforcée |
| Encadrant obligatoire | Maître d’apprentissage, 2 apprentis et 1 redoublant au maximum | Tuteur choisi parmi les salariés qualifiés de l’entreprise | Tuteur de stage, 3 stagiaires au maximum par tuteur sur une même période |
À retenir
- Deux régimes à ne jamais confondre : la RC pro et la RC exploitation répondent des dommages causés aux tiers par le jeune, le régime AT/MP répond des dommages qu’il subit. Et si le jeune abîme le matériel de l’entreprise, ce sont vos garanties dommages aux biens qui jouent, pas une RC.
- La couverture n’est pas systématiquement à créer : une clause d’assurés visant les préposés, salariés ou non, couvre en principe apprentis, alternants et stagiaires. Lisez la rubrique « Définition des assurés » avant de conclure à un trou de garantie.
- La présomption de faute inexcusable de l’article L4154-3 du Code du travail vise les CDD, les salariés temporaires et les stagiaires, affectés à des postes à risques particuliers sans formation renforcée. Une décision non publiée de 2016 en a écarté les apprentis, sans que cela change vos obligations de prévention.
- La faute inexcusable est assurable (article L452-4 du Code de la sécurité sociale), mais le même texte permet à la Carsat d’imposer une cotisation supplémentaire à l’employeur assuré. Vérifiez plafond et bénéficiaires avant la rentrée.
- Pour un jeune de moins de 18 ans affecté à des travaux réglementés, la déclaration de dérogation vaut 3 ans mais ne vous dispense de rien : ce sont les cinq justificatifs de l’article R4153-40 qui font foi.
- Avant de comparer des tarifs, comparez des périmètres. Notre comparateur d’assurances professionnelles permet de confronter les garanties avant d’entrer dans la discussion sur le prix.
Questions fréquentes
Ma RC professionnelle couvre-t-elle mon apprenti et mon stagiaire ?
Dans beaucoup de contrats destinés aux TPE, oui. La clause qui définit les assurés vise fréquemment « les préposés, salariés ou non, de l’assuré dans l’exercice de leurs fonctions », rédaction qui englobe en principe l’apprenti, l’alternant et le stagiaire sans avenant ni surprime. Ce n’est pas une règle universelle : si la clause de vos conditions générales est plus étroite ou énumère des catégories, demandez à votre assureur une confirmation écrite mentionnant expressément apprentis, alternants, stagiaires et intérimaires. Rappelez-vous par ailleurs que la RC couvre les dommages causés aux tiers, pas ceux subis par le jeune lui-même.
Mon apprenti casse la vitrine d’un client : est-ce mon assurance ou la sienne qui intervient ?
Celle de votre entreprise. L’article 1242, alinéa 5, du Code civil rend le commettant responsable des dommages causés aux tiers par ses préposés dans les fonctions auxquelles il les a employés : votre contrat de responsabilité civile a donc vocation à intervenir, et non l’assurance personnelle ou familiale du jeune. La jurisprudence retient de longue date que le préposé agissant dans les limites de sa mission n’engage pas sa responsabilité personnelle envers les tiers, et le droit des assurances prive en principe l’assureur de tout recours contre les préposés de l’assuré, sauf malveillance. Cas différent si le jeune abîme le matériel de l’entreprise : aucune RC ne joue, ce sont vos garanties dommages aux biens qui répondent, et l’article L1331-2 du Code du travail vous interdit de retenir la casse sur sa paie.
Mon apprenti se blesse sur une machine : dois-je déclarer un sinistre à mon assureur RC pro ?
Votre RC pro n’indemnisera pas le jeune : un apprenti blessé n’est pas un tiers, il est victime d’un accident du travail relevant du régime AT/MP. La première démarche est donc d’adresser la déclaration d’accident du travail à la CPAM dans les 48 heures hors dimanches et jours fériés, le salarié devant vous informer sous 24 heures, et de lui remettre la feuille d’accident qui lui évite l’avance des frais. Des réserves motivées peuvent être jointes à la déclaration ou adressées dans un délai maximum de 10 jours. Cela ne vous dispense pas d’informer votre assureur ou votre courtier si l’accident est grave ou si une mise en cause paraît possible : le délai contractuel de déclaration de sinistre est court, et son non-respect peut faire perdre le bénéfice d’une garantie faute inexcusable.
La faute inexcusable est-elle présumée quand la victime est un apprenti ?
L’article L4154-3 du Code du travail réserve la présomption aux salariés en contrat à durée déterminée, aux salariés temporaires et aux stagiaires en entreprise, affectés à des postes présentant des risques particuliers sans avoir bénéficié de la formation à la sécurité renforcée. Dans un arrêt du 24 novembre 2016 (2e civ., pourvoi n° 14-27203, non publié au bulletin), la Cour de cassation a jugé que les titulaires d’un contrat d’apprentissage n’en bénéficient pas. Cette décision n’étant pas publiée, elle indique le sens de la solution sans avoir la portée d’un arrêt de principe. Surtout, cela ne change rien à vos obligations : l’apprenti peut toujours agir sur le fondement de la faute inexcusable de droit commun, et vos devoirs de prévention, de formation et de suivi médical sont identiques quel que soit le statut du jeune.
Mon apprenti peut-il utiliser une machine dangereuse ou un chariot élévateur ?
Cela dépend d’abord de son âge. Pour un jeune de 15 à moins de 18 ans, ces travaux sont interdits mais susceptibles de dérogation : vous adressez une déclaration de dérogation à l’inspection du travail, valable 3 ans selon l’INRS, et vous devez pouvoir justifier à tout moment des cinq conditions de l’article R4153-40, à savoir évaluation des risques formalisée, actions de prévention mises en œuvre, information et formation à la sécurité, avis médical d’aptitude pour chaque jeune et encadrement par une personne compétente. Des dérogations individuelles permanentes existent, notamment pour la conduite d’équipements mobiles et de levage avec aptitude médicale, formation et autorisation de conduite. Pour un alternant majeur, ce régime particulier ne s’applique pas, mais les règles générales de conduite des équipements de travail demeurent : formation, autorisation de conduite délivrée par l’employeur et aptitude médicale restent exigées. Certains travaux, enfin, ne peuvent faire l’objet d’aucune dérogation.
Sources
- Service Public, Contrat d’apprentissage
- Service Public, Contrat d’apprentissage et de professionnalisation : quelles différences ?
- Service Public, Contrat de professionnalisation
- Service Public Entreprendre, Stages : obligations de l’employeur
- Service Public Entreprendre, Gratification minimale d’un stagiaire étudiant ou élève dans une entreprise
- Service Public Entreprendre, Cotisations sociales accidents du travail et maladies professionnelles
- Service Public Entreprendre, Quelle obligation pour l’employeur en matière de complémentaire santé ?
- Service Public, Accident du travail : indemnisation en cas d’incapacité permanente
- Service Public, Santé et sécurité au travail : obligations de l’employeur
- INRS, Jeunes travailleurs : réglementation, travaux interdits et réglementés
- INRS, Jeunes travailleurs : suivi médical
- INRS, Jeunes travailleurs : démarche de prévention
- INRS, Jeunes travailleurs : ce qu’il faut retenir
- INRS, Nouveaux embauchés : ce qu’il faut retenir
- Assurance Maladie, Accident du travail ou de trajet : les démarches à effectuer
- Code du travail numérique, article L4154-3
- Code du travail numérique, article L3162-1
- Code du travail numérique, article L1331-2
- Centre Inffo, Contrat d’apprentissage : rejet de la présomption de faute inexcusable de l’employeur
- Centre Inffo, Accident du travail lors de la formation : la faute inexcusable du CFA doit être réparée par l’employeur
- Prévention BTP, article L452-4 du Code de la sécurité sociale
- Hiscox, assurance responsabilité civile professionnelle
Pour aller plus loin sur votre situation : consultez le guide complet de votre métier ou comparez les acteurs du marché avec notre comparateur d’assurances professionnelles.


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